Revue N°91 – Juin 2015 – Baisse du prix de pétrole : Passagère ou à long terme ?

Que l’on soit Expert du pétrole ou non, personne n’a pu échapper à cette actualité : le prix du baril de pétrole ne cesse de baisser. En descendant sous la barre des 70 dollars ces derniers mois, il vient d’atteindre un niveau inattendu depuis cinq ans. Une situation partie pour durer ? Analystes, économistes, politiques, industriels, chacun y va de sa vision : autant de voix discordantes et de projections incertaines… Mais avant de se projeter, pourquoi le prix du pétrole est-il aussi bas, et quelles en sont les conséquences ?

Trop de pétrole sur le marché, qui ne trouve pas suffisamment d’acheteurs. Le rythme de croissance économique dans les pays les plus développés, même s’il reste élevé, a ralenti, de même que sur le continent africain, la croissance peine à décoller. Les marchés européens vieillissants sont également moins consommateurs. A cela s’ajoute le ralentissement économique de la Chine en 2014, premier importateur mondial de pétrole en 2013, ce qui a fait chuter sa demande en pétrole.

Une demande en berne qui tombe mal : avec l’exploitation du schiste, les Etats-Unis abreuvent le marché en or noir. Ils deviennent auto-suffisants, et leur production à elle-seule pourrait largement satisfaire la demande mondiale. L’Agence Internationale de l’Energie a, ainsi, révisé son estimation de la demande en 2015, la faisant passer de 0,9 à 0,7 million de barils par jour.

De plus les événements géopolitiques ont un impact considérable sur les prix du pétrole. La guerre civile en Irak et la montée de l’État islamique dans le pays, les sanctions sur l’Iran, ainsi que les conflits au Soudan, en Syrie et en Libye ont également favorisé la baisse du prix du baril. La production de pétrole en Libye, dont la vente représente la quasi-totalité des revenus du pays, a été entravée par le conflit qui dure depuis maintenant plusieurs années. Elle est cependant repartie depuis la fin de l’été, augmentant ainsi la quantité de pétrole disponible sur le marché mondial.

« Tenir le coup » pour l’Opep

Réunis fin 2014, les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ont décidé de maintenir leur niveau de production, soit 30 millions de barils par jour. L’analyse des raisons de cette décision diffère selon les points de vue. En refusant de revoir le niveau de production à la baisse, l’Opep espère contraindre les producteurs américains à réduire leur production, afin de conserver ses parts de marché. La décision n’a pas fait consensus au sein des membres de l’organisation : l’Arabie Saoudite, voix forte de l’Opep, est la seule à pouvoir véritablement résister à une baisse des prix à court terme. Une autre lecture, plus rare, a également été faite : l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis pourraient s’être associés pour affaiblir la Russie…

Un baril bon marché, qu’est-ce que cela implique ?

Toutes les économies dont le budget est fondé principalement sur les recettes pétrolières vont rapidement être en souffrance. C’est notamment le cas de certains pays du Golfe, du Venezuela et de la Russie. Selon certains experts, la dépréciation actuelle du rouble est fortement corrélée à la chute du prix du pétrole. D’un point de vue strictement énergétique, les projets engagés en Russie sont très onéreux, un baril faible n’est donc pas souhaitable.
Pour les groupes pétroliers, si les projets déjà lancés ne sont pas menacés, les futurs projets, en revanche, pourraient être compromis si le prix du baril reste aussi bas, leur rentabilité pouvant être remise en question.
Les effets sont plus positifs pour les ménages, d’une part, qui voient les prix baisser à la pompe, et pour l’économie tunisienne en général : la facture énergétique du pays est réduite, industriels et entreprises peuvent accroître leurs marges. Mais pour combien de temps ?

Force est de constater que la chute des prix du pétrole, qualifiée d’assez exceptionnelle de par le monde, a conduit le FMI à réviser son rapport «Perspectives économiques régionales du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord» en moins de trois mois. Une chute qui a atteint 55% depuis septembre 2014. Il s’agit là du développement le plus important, qui serait désormais accompagné par une croissance mondiale des plus faibles. Aussi, le rapport du FMI fait-il état d’une révision à la baisse de la croissance mondiale. Elle se situerait, pour 2015, autour de 3.5%, soit une révision à la baisse de 0.3%. Il va sans dire que les révisions sont à des degrés différents d’un pays à un autre. Aussi, la zone euro maintiendrait son taux de croissance à 1.9%, avec une révision à la baisse de l’ordre de -0.2%, le taux de croissance de la Chine serait autour de 6.8%, soit une baisse de -0.3%.

La Tunisie ne semble pas avoir tiré profit de la chute des prix du pétrole. Aucune amélioration n’a été enregistrée au niveau du déficit budgétaire, dont plus de 50% est généré par le déficit énergétique. En effet, la facture énergétique du pays est aujourd’hui encore lourde.

Cela permettra à la Tunisie sans nul doute de réduire la subvention énergétique et d’utiliser les montants ainsi épargnés pour financer des transferts mieux ciblés. Les décideurs pensent que, en cas de maintien de régression, une diminution de 5% peut être générée vers la fin de l’année voir l’année prochaine et les prix vont suivre ainsi l’évolution du marché.

Perspectives incertaines…

C’est bien le problème: personne ne semble d’accord, ni avoir une vision claire. Experts, économistes et banques tablent plutôt sur une remontée des prix à moyen terme, et les prévisions moyennes pour 2015 oscillent entre 70 et 85 dollars le baril. A vos estimations…

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