Revue N°90 – Décembre 2014 – Pétrole moins cher: entre conjoncturel et structurel, la Tunisie doit garder le CAP

EDITO:

L’année 2014 s’achève dans quelques jours… mais 2015 occupe, depuis plusieurs semaines, les esprits. Le «contre choc pétrolier» qui a fait chuter les prix de l’or noir de 110 $ à 60 $ (plus de 45%) en moins de 7 mois a fait couler beaucoup d’encre sur ses raisons, son impact sur le moyen terme et sur ses probables évolutions futures.

Les cartes du «pourquoi» se dévoilent au cours du temps: en plus du ralentissement économique mondial, c’est surtout la «soupape historique» de l’OPEP qui se refuse aujourd’hui de jouer le rôle que certains lui veulent.

Ali Al-Naimi, le ministre du pétrole du décideur de l’OPEP (l’Arabie Saoudite), est sorti, il y a quelques jours, de son silence : «ce n’est pas dans l’intérêt des producteurs de l’OPEP de réduire leur production, quel que soit le prix, qu’il soit de 20 dollars, 40 dollars, 50 dollars ou 60 dollars. Cela n’a pas de sens».

Facile à dire quand vos coûts de production sont de 4 à 5$ le baril. Beaucoup plus difficile à digérer par les producteurs de l’huile et gaz non conventionnels ou même par la Russie, le Brésil ou l’Afrique de l’Ouest. Le message est donc sans appel, l’Arabie Saoudite défendra becs et ongles ses parts de marché quitte à ce que ça évince les autres acteurs du marché.

Et après ? Quand les «moins efficients» seront sortis par la petite porte, quand l’OPEP reprendra ses parts de marché…? Après, le prix rebondira.

Revenons maintenant à notre jeune démocratie. Où se positionnera la Tunisie dans ce bras de fer qui laissera beaucoup de séquelles? La Tunisie doit garder le cap de sa transition énergétique. La Tunisie doit profiter de cette bouffée d’oxygène pour avancer avec des pas plus solides: réformer son système de subvention pour le rendre plus équitable, renforcer ses mesures d’efficacité énergétique et surtout augmenter la part des énergies renouvelables (contribution de 30% pour produire l’énergie verte à l’horizon 2030) dans son mix énergétique

Car cette baisse des prix n’est que conjoncturelle alors que les raisons pour lesquelles le pays s’est lancé dans cette transition sont, eux, structurels : Avec 96% de l’électricité produite à partir du Gaz Naturel, notre mix électrique n’en est pas vraiment un et ne nous couvre pas contre les différents risques (marchés, géopolitique, technologie,…); d’un autre côté, nos ressources naturelles en hydrocarbures ne couvrent plus nos besoins et on s’attend à ce que nous ayons à importer plus de 70% de notre énergie en 2030 si nos habitudes ne changent pas ; finalement, la Tunisie doit améliorer sa visibilité quant aux prix de l’énergie (pilier du développement industriel) et les énergies renouvelables, certes caractérisées par un investissement initial élevé, permettent d’estimer avec beaucoup de certitude le coût du kiloWatt heure (kWh) sur un horizon de 20 ans.

Les pas que la Tunisie a fait dans l’intégration des énergies renouvelables dans le mix électrique sont timides, ils ont surtout été ralentis par un kWh d’origine fossile fortement subventionné. Ce contre choc pétrolier conjoncturel ne doit pas nous faire oublier les raisons structurelles pour lesquelles nous avons élaboré notre stratégie. Il est plutôt une opportunité pour remettre nos pendules à l’heure et rattraper notre retard.

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